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SANS PAPIERS -

« Et puis au bout, il y a une famille brisée »

article écrit par Laure Espieu - publié sur le net dans Libé-Bordeaux - 02-04-2008

2 avril 2008

publié sur Libé-bordeaux

Ils comprennent tout, et ils n’en sont que plus désemparés. Cheveux noirs tressés en natte épaisse, les yeux sombres et cernés, Kubra, dix ans, se serre contre son frère Ibrahim. Leur père a été arrêté la semaine dernière, sur le chantier où il travaillait en CDI. Il est depuis enfermé au centre de rétention de Bordeaux. La fillette cherche ses mots, ne les trouve pas, et éclate en sanglots.

Autour d’elle, il y a son institutrice, les enseignants et parents d’élèves membres du comité de soutien à l’école Jean Jaurès de Cenon, les militants du réseau éducation sans frontière. Une petite centaine de personnes, au total, qui se sont réunies mercredi après-midi devant la préfecture pour demander la libération de Mulhis Altun. C’est la première fois en Gironde qu’un père de famille est ainsi menacé. Arrêté avec son neveu, majeur depuis trois mois et dont les parents sont régularisés, il a été immédiatement conduit dans les sous-sol de l’hôtel de police, où sont retenus les étrangers en situation irrégulière. Depuis vendredi, il y a entamé une grève de la faim.

« Ce sont des gens intégrés, qui travaillent, qui payent leurs factures, les enfants sont de bons élèves, la maman prend des cours de français. Qu’est-ce qu’elle a fait cette famille pour être enfermée ? », interroge Gérard Clabé, animateur du collectif rive droite. En France depuis quatre ans, les Altun ont fui la Turquie où ils étaient menacés pour leurs origines Kurdes. Ils ont quitté le pays juste après la condamnation du père, Mulhis. Quatre ans et demi de prison pour militantisme. Il sera immédiatement incarcéré s’il est expulsé.

« C’est un drame familial, pointe Gérard Clabé. On parle de lois, de choses très générales, et puis au bout du bout, il y a une famille brisée, un père en danger, et des enfants très angoissés qui ont besoin de stabilité pour poursuivre leur scolarité ». La mère, elle aussi sans papiers, se cache et n’ose plus sortir de chez elle de peur d’être à son tour arrêtée. Elle ne peut avoir aucun contact avec son mari. C’est donc les militants de RESF 33 qui se relaient pour lui rendre visite au centre de rétention. Ils réclament sa libération et sa régularisation. Mais hier, à la préfecture, personne n’a accepté de les recevoir. « Depuis septembre, nous percevons un net durcissement. Il est très difficile, voire impossible d’obtenir une audience auprès des services de l’Etat », note Esther, une enseignante. Désormais, c’est donc devant le centre de rétention que les militants se fixent rendez-vous tous les soirs à 18 heures. Pour donner de la voix. Et faire entendre à Mulhis Altun qu’ils sont là.

Laure Espieu

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