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article Sud Ouest - 21/07/2010

Les demandeurs d’asile finalement hébergés

Cinq familles originaires des pays de l’Est ont été logées hier au bout de plusieurs nuits dans la rue et après avoir saisi le tribunal administratif.

21 juillet 2010

Les demandeurs d’asile finalement hébergés

Cinq familles originaires des pays de l’Est ont été logées hier au bout de plusieurs nuits dans la rue et après avoir saisi le tribunal administratif.

Les familles ont été reçues hier matin à la préfecture. Photo Y. St-S.

Il dit qu’il ne s’attendait pas à ça. « Pas en France ». Arthur a dormi dehors avant-hier. Comme les six nuits précédentes. La rue, les parcs, le hall de la gare. Hier matin, devant la préfecture, il venait d’apprendre qu’il serait finalement logé à l’hôtel. Avec les autres familles qui, comme lui viennent d’assigner la préfecture au tribunal administratif avec succès, au nom du respect des droits des demandeurs d’asile (lire nos éditions précédentes).

Plus loin, Natacha, la femme d’Arthur, berce inlassablement une poussette. L’enfant est, malade. Natacha est Russe. Elle a les yeux verts et dit qu’elle a une formation d’ingénieur. Arthur est Géorgien, il travaille « dans l’hôtellerie ». Un tatouage déborde de la manche de son t-shirt. Svetlana, l’interprète russe, est un peu gênée. Elle dit que « Saakachvili (le président géorgien, NDLR) et le gouvernement russe ne sont pas copains ».

Arthur ne veut pas trop en dire. « Nous ne pouvons vivre ni en Russie, ni en Géorgie, c’est trop dangereux pour nous, depuis la guerre. » Il ajoute qu’il a reçu un coup de couteau, « là-bas ». Ils sont arrivés par avion à Paris. Puis le bus, jusqu’à Bordeaux. Ils ont donné de l’argent. « Quelqu’un » leur a dit d’aller au Caio de Bordeaux (Centre d’accueil, d’information et d’orientation des personnes en errance).

Des demandes plus nombreuses

La loi française oblige les pouvoirs publics à prendre en charge toute personne qui formule une demande d’asile. C’est ce qui a motivé les jugements du tribunal administratif de Bordeaux qui a demandé au préfet de fournir gîte et couverts aux familles qui dormaient depuis plusieurs jours dans la rue, sous astreinte de 100 euros par jour.

Les demandeurs sont généralement logés dans des centres d’hébergement d’urgence, le temps que les dossiers soient d’abord instruits par la préfecture avant d’être transmis à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

À Bordeaux, 155 personnes bénéficient actuellement de cette prise en charge. Selon le Caio, 550 personnes ont formulé des demandes d’asile en Aquitaine en 2009. Leur nombre devrait être équivalent en 2010. Mais celui-ci aurait connu, toujours selon le Caio, une augmentation de 150 à 180 % par rapport à 2008. La plupart de ces demandeurs sont issus de pays de l’Est ou du continent Africain.

Seulement 144 places

À Bordeaux, l’association gère la plupart des structures d’hébergement d’urgence et reçoit 80 % des demandeurs d’asile. Quand il est arrivé, Arthur et sa famille ont bu un verre d’eau. Puis on leur a montré une carte de la ville. « Un endroit pour se laver, un autre pour se nourrir, l’hôpital. » Mais pour dormir, rien. Arthur ne comprend pas. Il pense que c’est « à cause de la crise ». Une militante de RESF (Réseau éducation sans frontières) qui avec d’autres associations et quelques élus se sont mobilisés pour ces 22 demandeurs d’asile pense, elle, que « c’est à cause du 14 juillet ». D’autres parlent du « Tour de France qui sature les hôtels ».

Au Caio, la directrice, Monique Lestable explique que « c’est une situation très dure ». Le nombre de demandeurs d’asile augmente. Celui des sans-abri aussi. Mais pas les places d’hébergement d’urgence. « J’ai 144 places pour les demandeurs d’asile, tout est complet. Tous les soirs, même l’été, nous refusons aussi du monde au 115. » Alors ? Le Caio hébergera finalement les cinq familles. Mais elle a peur qu’il faille « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Elle dit qu’à Bordeaux, ces familles sont « l’arbre qui cache la forêt ». Anne-Marie Lustin, militante de l’association de soutien aux travailleurs immigrés (Asti), pense qu’il y a peut-être d’autres familles. « Quand ils ne sont pas en groupe, on ne sait pas s’ils sont logés.

Hier, à la sortie de la préfecture, Arthur et sa famille ont fait des photos d’identité et ont commencé à compléter des papiers. Si leur situation est jugée éligible, il y en aura beaucoup d’autres à remplir.

Plus tard, ils ont conduit leur fils à l’hôpital.

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