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Les immigrés, surtout les femmes, contribuent à la croissance

article de Carine Fouteau publié sur médiapart le 19 avril 2013

22 avril 2013

article publié ici sur médiapart le 19 avril 2013, écrit par Carine Fouteau

Au moment où le gouvernement entend améliorer l’attractivité de la France à l’égard des travailleurs qualifiés et des étudiants étrangers, la publication des travaux de trois économistes sur les liens entre immigration et PIB tombe à point nommé. Mises en ligne par le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap) et le Centre d’études et de recherches sur le développement international (Cerdi), leurs conclusions pourraient alimenter le débat prévu sur le même thème au Parlement et, en partie, le réorienter.

La séance initialement programmée à l’Assemblée nationale le 16 avril a été reportée en raison des modifications d’agenda liées à l’examen du projet de loi sur le « mariage pour tous », celle au Sénat devrait avoir lieu le 24 avril. Ce qui laisse le temps, aux parlementaires et aux ministres concernés, de mouliner les nouvelles données.

Dans un article intitulé « Immigration et croissance économique en France entre 1994 et 2008 » (à lire ici dans son intégralité), Hippolyte d’Albis, professeur à l’École d’économie de Paris et à Paris I, Ekrame Boubtane au Cerdi de l’Université d’Auvergne et Dramane Coulibaly au laboratoire EconomiX-CNRS de l’Université Paris-Ouest montrent que la venue d’immigrés, et notamment des femmes, a un effet « positif et significatif » sur le PIB par habitant et qu’inversement une croissance soutenue attire les immigrés.

La méthode adoptée est économétrique au sens où, purement statistique, elle consiste à évaluer quantitativement la relation entre immigration et croissance sans a priori ni hypothèses théoriques. Elle ne cherche pas à valider un scénario, elle est sans arrière-pensées politiques, elle se contente de mesurer l’interaction de séries de chiffres.

Trois types de données administratives sont utilisées : le PIB par habitant, le taux de chômage et le taux de migration (obtenu en divisant le nombre de premiers titres de séjour d’une durée de validité d’au moins un an par le nombre de résidents en France métropolitaine). Leur caractéristique est d’être exhaustives (elles ne sont pas issues d’un échantillon) et évolutives (mensuelles, elles couvrent une période allant de 1994 à 2008). Ne sont prises en compte que les arrivées d’étrangers de pays tiers à l’UE, les ressortissants européens ayant accès au marché du travail sans autorisation. Les travailleurs temporaires et les personnes en situation irrégulière sont exclus du champ de l’étude.

La simulation révèle que « l’élasticité du PIB par habitant par rapport au taux de migration est de 0,017 ». Autrement dit qu’une augmentation de 1 % du taux de migration a pour conséquence d’accroître la richesse par personne et par an (évalué à 30 143 euros en 2008) d’environ 5 euros, soit une hausse du PIB total de 318,4 millions d’euros, compte tenu que la même année la population en France métropolitaine avoisinait 62,1 millions.

À titre d’indication, le taux de migration observé en 2008 a été de 0,25 %, 160 000 titres de séjour ayant été délivrés. Autre remarque : la hausse du PIB par tête signifie que la contribution de la population immigrante est supérieure à la contribution moyenne.

Répugnant à mettre en vis-à-vis des chiffres et des personnes, Hippolyte d’Albis, qui a reçu en 2012 le prix du meilleur jeune économiste pour ses travaux d’économie démographique, souligne que les tendances importent plus que les traductions en euros. « Contrairement à une idée parfois commune (…), écrivent les économistes, la plupart des études empiriques ne permettent pas de conclure à un effet négatif de l’immigration sur l’économie du pays d’accueil. L’étude du cas de la France entre 1994 et 2008 va au-delà. Bien que la majorité des bénéficiaires de titres de séjour de plus d’un an soit venue pour raisons familiales, les immigrés en provenance de pays tiers ont significativement contribué à la croissance du PIB par habitant. Ils ont donc participé à l’amélioration des conditions de vie moyennes des autochtones. » « Les femmes immigrées contribuent deux fois plus »

Les résultats sont dépliés par catégorie d’immigration (travail, famille, études, etc.). De manière contre-intuitive, la réaction de la croissance à l’immigration familiale, principalement composée de femmes rejoignant leur mari français ou étranger, est la plus nette. Pourquoi ? Le modèle ne renseigne pas sur les raisons. Mais Hippolyte d’Albis avance une hypothèse plausible : « Nos résultats montrent que les femmes venues en France pour rejoindre leur époux contribuent beaucoup et très positivement. Cela prouve que ces femmes travaillent le plus souvent et qu’en travaillant, elles permettent à d’autres personnes de travailler. Par exemple, elles sont très présentes dans les métiers de garde d’enfant. Ce faisant, elles libèrent le temps des parents qui restaient auparavant à la maison au profit d’emplois qualifiés. Leur travail a un effet multiplicateur. On pourrait dire qu’elles contribuent deux fois. »

Plusieurs interprétations coexistent pour expliquer la corrélation entre immigration et enrichissement. Dans une économie complexe, la complémentarité des compétences est déterminante. « Les migrants avec leur passé, leur volonté, leurs différences sont un plus », indique Hippolyte d’Albis, en se référant à des travaux évaluant l’effet de la diversité des origines des migrants sur la compétitivité des pays d’accueil. Comme n’importe quel individu, les migrants sont eux-mêmes des consommateurs : ils achètent de quoi se nourrir, se vêtir, se divertir. En raison de leur relativement jeune âge, ils viennent compenser (en partie seulement) le vieillissement démographique. Actifs, ils arrivent en général dans la force de l’âge et, de ce fait, coûtent moins cher à la collectivité que les personnes âgées et les enfants. Prêts à l’emploi, ils n’ont pas occasionné de dépenses en matière de formation. Employés le plus souvent à des niveaux inférieurs à leurs qualifications, ils peuvent, en termes macroéconomiques, être considérés comme particulièrement “rentables”. Et ce d’autant plus qu’ils sont présents dans des secteurs en plein boom comme les services à la personne et dans des secteurs délaissés par les “nationaux”, comme l’agriculture ou le bâtiment.

Alors qu’un élu comme Thierry Mariani, vice-président de l’UMP, plaide en faveur de la baisse des allocations familiales pour les étrangers récemment installés en France, l’étude des trois économistes permet de lutter contre d’insistantes idées reçues. Non seulement les immigrés participent à l’enrichissement du pays et de ses habitants, mais en plus ils ne prennent pas le travail des autres, car, selon les résultats, l’immigration n’a pas d’impact sur le chômage.

Ces travaux apportent par ailleurs un démenti à ceux qui minimisent le travail des femmes dans le cadre de l’immigration familiale et qui perpétuent le préjugé selon lequel ces familles seraient un poids. Ils soulignent enfin que les migrants sont attirés par les destinations en développement économique. Sans savoir distinguer les effets d’une politique de délivrance de titres de séjour plus favorable en période de croissance d’une hausse de l’intérêt des migrants, les auteurs en concluent à « une certaine pro-cyclicité entre la migration et les performances macroéconomiques ». Un cercle vertueux résumé en une phrase : la croissance favorise les migrations qui elles-mêmes contribuent à la croissance.

De cet article, les parlementaires et le gouvernement pourraient, en vue du débat et du projet de loi, retenir deux idées : pour assurer la complémentarité des compétences, l’ouverture ne doit pas se limiter aux seuls « talents », c’est-à-dire aux salariés hautement qualifiés ; quant à l’immigration familiale, sans doute y aurait-il un sens à intégrer dans les discussions la question du travail des femmes immigrées, dans la mesure où celles-ci contribuent, semble-t-il plus que d’autres, à la richesse nationale.

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